vendredi 13 février 2009

Élections législatives en Israël : à quand un autre mode de scrutin ?

Je crois les libertariens peuvent se réjouir des résultats des élections législatives de mardi en Israël. Se réjouir, oui, parce que nous constatons un glissement de l'électorat vers la droite. Je dis bien vers la droite et non pas vers l'extrême-droite ultranationaliste. Ne surestimons surtout pas la popularité d'Avigdor Lieberman, qui a pourtant reçu plus d'appuis que les partis outre le Likoud et Kadima. Notons surtout que la conjoncture pouvait difficilement favorisé davantage M. Lieberman. Bon, le mouvement terroriste Hamas aurait pu lancer des roquettes sur Ashekelon, Beersheba ou Gedera... Mais il ne l'a pas fait. Tant mieux.

Le glissement à droite est facilement perceptible en jetant un coup d'oeil sur le tableau suivant que je vous ai concocté à la va-vite :

Le Likoud et l'Israel Beytenou sont les partis ayant enregistré les plus forts gains tandis que les quatre partis de la précédente coalition gouvernementale, ayant tous comme particularité d'être plus à gauche sur les questions sociales, ont tous essuyé des pertes. Cette coalition (les quatre partis en gris dans le tableau ci-dessus) ne pourra plus former la majorité de la Knesset. Ils détenaient 67 sièges sur 120, alors qu'ils n'en ont que 52.

Kadima peut-il continuer d'exercer le pouvoir avec d'autres partis ? Après tout, il s'agit du parti qui détient le plus de légitimité de gouverner. La réponse à la question est oui. Si Kadima tient à gouverner - et tout parti politique veut gouverner sauf le Bloc Québécois (!) -, le parti doit, dans un premier temps, renouer avec le Labour et le Shass et, dans un deuxième temps, créer des nouvelles alliances. Genre avec la droite religieuse. Une autre possibilité subsiste pour Kadima. Elle est moins évidente pour un Québécois connaissant surtout le parlementarisme à la sauce Westminster : Kadima pourrait conserver la coalition qui lui a permis de gouverner avant la dissolution de la Knesset et créer des alliances ad hoc avec d'autres formations politiques dépendamment des enjeux. Un gouvernement de coalition minoritaire, quoi !

Shimon Peres, ancien premier ministre travailliste et actuel président d'Israël, a des pouvoirs constitutionnels similaires à ceux de Michaëlle Jean au Canada. Si, pour quelconque raison, il en vient à demander à Benyamin Netanyahou de former le gouvernement, il est évident qu'il serait plus facile pour le chef du Likoud de former une coalition majoritaire pas si hétéroclite que ça. En s'alliant avec le parti de M. Lieberman et la droite religieuse, M. Netanyahou regrouperait déjà 54 députés. Il en manquerait 7 pour créer une majorité. Où aller les chercher ailleurs qu'au Shass ?

Nos médias ne cessent de s'inquiéter que M. Lieberman devienne le king maker. Et si, finalement, le véritable king maker se trouvait chez le cinquième parti à la Knesset ? Est-il possible de créer une coalition majoritaire sans ce parti ? Une coalition de gauche comme de droite peut théoriquement s'allier avec le Shass si on est prêt à piler sur ses principes.

Serait-il possible qu'un gouvernement de coalition nationale soit formé (regroupant au minimum Kadima et le Likoud) ? Il faudrait observer s'il y a des précédents et, malheureusement, je n'ai pas le temps de faire une telle recherche.

À quand un nouveau mode de scrutin ?

Le billet d'aujourd'hui de Lysiane Gagnon résume bien ce que je pense de la représentation proportionnelle absolue en Israël.
Qui veut faire l'ange...


Gagnon
, Lysiane

Les partisans de la représentation proportionnelle devraient méditer sur ce qui se passe actuellement en Israël, où les petits partis marginaux ont plus d'influence que jamais, et où le parti qui a recueilli le plus de votes pourrait être exclu du pouvoir.


Certes, personne ici ne souhaite l'adoption de la proportionnelle intégrale, ce système qui est à la source des pires maux qui affectent la société israélienne. Au Canada, les partisans de la "RP" préfèrent la formule mixte allemande, par laquelle une partie des députés est élue à la proportionnelle et l'autre au scrutin uninominal majoritaire. Il reste qu'Israël est le cas typique, qui illustre par l'absurde que l'enfer est pavé de bonnes intentions.


Dans le même élan idéaliste qui leur avait fait adopter la formule du kibboutz, les fondateurs de l'État hébreu avaient choisi ce qu'ils croyaient être le mode électoral le plus parfaitement démocratique, soit la répartition rigoureuse des sièges en fonction des votes recueillis par chaque parti. Il n'y a pas de circonscriptions, ce sont les partis qui délèguent leurs députés à la Knesset.


À l'usage, ce système angélique allait produire d'innombrables effets pervers et favoriser une culture politique axée sur les tractations de coulisses, les querelles partisanes et l'instabilité gouvernementale. L'époque est bien finie où le Parti travailliste de Ben Gourion et de Golda Meir avait la main haute sur le pays. Les petits partis religieux ou extrémistes, tant de gauche que de droite, ont poussé comme des champignons, et avec l'afflux de réfugiés venus des pays arabes et de l'ex-URSS (deux groupes portés à voter à droite), la vieille gauche travailliste a été graduellement éclipsée par la droite nationaliste.


Il y a des années qu'Israël n'a plus de gouvernement majoritaire. Les grands partis n'arrivent au pouvoir qu'en s'appuyant sur des coalitions où les groupes marginaux, pour peu qu'ils aient récolté 2% du vote, ont un pouvoir démesuré. Une période de négociations fébriles précède la formation du gouvernement... négociations au cours desquelles les partis vraiment représentatifs doivent faire de lourdes concessions pour obtenir l'appui de formations minoritaires.


C'est pourquoi l'extrême droite religieuse pèse aussi lourd en Israël, bien que les Israéliens soient en majorité non pratiquants (ce sont des juifs "culturels" plutôt que religieux, un peu comme les catholiques au Québec: ils célèbrent les fêtes traditionnelles, mais n'écoutent plus les rabbins).


C'est à cause des petits partis religieux qui négocient leur appui à telle ou telle coalition qu'Israël a des lois familiales répressives qui ne correspondent pas à la mentalité d'une population majoritairement laïque, et que les communautés hassidiques ultraminoritaires sont exemptées du service militaire... un privilège qui hérisse la population.


C'est également la "proportionnelle" qui explique l'importance qu'a prise la droite nationaliste, dont même les travaillistes ont souvent eu besoin pour former le gouvernement. Tout projet de rétrocession des territoires occupés depuis 1967 se heurte inévitablement aux objections des intégristes pour qui la Cisjordanie est une terre biblique (la Judée et la Samarie), et le statut de Jérusalem, non négociable.


Les résultats de mardi sont particulièrement épineux. Le centre (Kadima de Tzipi Livni) et la gauche (le Parti travailliste d'Ehoud Barak) ont 41 sièges... le même nombre que la droite (le Likoud de Benyamin Nétanyahou) et l'extrême droite (le Beneitou d'Avigdor Lieberman), dans un parlement où la majorité absolue est de 61 sièges.


Théoriquement, Nétanyahou est mieux placé que Livni pour devenir premier ministre, car il peut obtenir l'appui des petits partis de droite, qui occupent une vingtaine de sièges. Plusieurs autres combinaisons sont possibles. Aucune, cependant, ne garantit un gouvernement stable - une condition nécessaire pour relancer le processus de paix...

Mais, bon, it takes two to tango. Peu importe le gouvernement issu de la Knesset et peu importe comment les représentants du peuple sont élus (ce qui aurait évidemment une influence directe sur la composition du cabinet), tant que les terroristes demeureront une force politique de première ordre en Palestine, il sera difficile (c'est un euphémisme...) d'en arriver à un semblant de paix en Terre Sainte.

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