mardi 23 juin 2009

Réponse à Sébastien Proulx

Lettre ouverte de Sébastien Proulx parue dans La Presse ce matin
«L'ADQ n'est pas de droite - Si l'Action démocratique se radicalise, elle ne gouvernera jamais .

Depuis l'élection du 8 décembre dernier, et encore davantage depuis qu'on a abondamment discuté de la course à la chefferie de l'ADQ, il est question de la droite et de la gauche, de ce que devrait être ou ne pas être l'Action démocratique du Québec.

D'entrée de jeu, je dois vous faire cette confidence qui m'attirera certainement les foudres d'une tranche d'adéquistes qui se voit grosse comme un boeuf, mais qui ressemble davantage à la grenouille : je ne suis pas à droite, au sens où le souhaiteraient les dogmatiques, les idéologues et les Jean-François Plante de ce monde.

Lorsque l'ADQ a été fondée (je n'y étais pas), elle l'a été sur la base de valeurs qui nous sont chères. Valeurs qui, à l'époque comme aujourd'hui, ne sont pas la réalité quotidienne des deux formations politiques dites traditionnelles, comme la liberté de choisir ce qui est bon pour soi et le devoir incontestable de cesser d'hypothéquer nos enfants pour les caprices d'aujourd'hui, notamment.

Comme le dit si bien l'ex-députée Marie Grégoire, redonner à l'État du Québec sa capacité d'être généreux, c'est justement cette recherche de créer plus de richesses dans cette société qui s'appauvrit, dans le but évident de mieux préparer l'avenir et surtout, d'en faire bénéficier nos concitoyens, comme nous le ferions pour nos familles respectives.

Je m'inscris en faux

Depuis quelques semaines, revient constamment ce besoin pour certains de réaffirmer qu'ils militent à l'ADQ parce que c'est le véhicule de la droite au Québec. Je m'inscris en faux contre cette pratique. L'ADQ ce n'est pas le véhicule de la droite. Sinon j'en descends aussitôt.

L'ADQ c'est plutôt un parti qui ressemble étrangement à notre société québécoise pour sa grande capacité d'intégration. On y retrouve des gens de droite et des gens qui ont des affinités avec la gauche, on y retrouve des militants qui proviennent des familles souverainistes et fédéralistes, parce que nous acceptons la différence et sommes capables de travailler dans un but commun; servir le Québec et son bien le plus précieux : vous.

Certains prétendent que l'ADQ s'est perdue parce qu'elle ne répond plus aux aspirations de la droite québécoise (existe-t-elle cette droite en dehors de quelques esprits qui s'agitent ?). C'est à mon avis faire le mauvais constat.

Si l'ADQ a perdu son statut et la place qu'elle avait difficilement gagnée en 2007, c'est qu'elle a manqué de crédibilité et de cohérence. Nous aurions promis la lune qu'on ne nous aurait pas crus. C'est cruel vous me direz, mais c'est ainsi.

Économie et humanisme

Si l'ADQ veut retrouver le poids politique qu'elle a perdu et ensuite prétendre offrir aux Québécois d'assumer leur destinée, notre formation devra être bien davantage qu'une agence de diffusion des idées de la droite. Elle devra démontrer son véritable profil, celui d'une véritable troisième voie. Celle où un gouvernement sera capable de concilier développement économique et humanisme, celle où un Premier ministre sera capable de convaincre qu'il a suffisamment d'amour pour le Québec et sa jeunesse pour combattre corps et âmes ceux qui veulent endetter la prochaine génération pour payer l'épicerie.

Pour être cette troisième voie, l'ADQ ne doit pas se vampiriser, pire, se radicaliser. Sinon, elle ne gouvernera jamais.

Si les membres et le prochain chef choisissent de promouvoir et de se définir par l'idéologie de la droite au détriment des raisons et des valeurs qui ont amené les fondateurs à se réunir et à rêver d'un projet de société qui n'est taxé d'aucune étiquette de droite ou de gauche, la route sera longue et ardue.

Si c'est la voie retenue, plusieurs se poseront les questions suivantes : Y a-t-il de la place pour moi? Est-ce que c'est le Québec que je souhaite voir se développer sous mes yeux ? Est-ce un projet de société inclusif pour tous les Québécois?

Déçus, ils quitteront vers d'autres lieux politiques. Et c'est ailleurs que j'irai travailler à construire un Québec meilleur pour mes enfants.

Sébastien Proulx

L'auteur est avocat chez Heenan Blaikie. Il a été leader parlementaire de l'Action démocratique de 2007 à 2008.

Source: La Presse Publié le 23 juin 2009 à 05h00

Réponse de Jean-François Levert, qui sera envoyée à La Presse :

M. Proulx,

Je vous fais une confession d'entrée de jeu : je suis de droite. En suis-je un idéologue ou un dogmatique ? J'espère que non ! Sincèrement, ça ne m'empêche d'être assez pragmatique et lucide pour savoir que si un(e) candidat(e) très conservateur prenait la tête de l'ADQ, ce parti serait marginalisé et aurait un pied dans la tombe. Avez-vous écrit ce texte pour rassurer des gens inquiets de la candidature de Jean-François Plante ou de la proximité entre l'ADQ et les Conservateurs de Harper ? Je l'ignore. Évidemment, il serait dangereux, pour l'ADQ, d'avoir un chef tellement à droite que le centre de l'échiquier politique québécois devienne inaccessible. Cependant, l'ADQ se doit d'être de centre-droite. Ce raisonnement s'explique t-il par mon orientation idéologique ? Non. Par mon dogmatisme ? Même pas proche ! Je crois tout simplement que c'est au centre-droite que l'ADQ a le plus de chances de faire le plein de vote et d'accéder au pouvoir. Les Québécois ont déjà le choix entre un parti souverainiste et sa copie-conforme fédéraliste. Ils ne seront vraisemblement pas emballés par une version autonomiste de ce même modèle.

Vous estimez que l'ADQ a notamment comme valeurs "la liberté de choisir ce qui est bon pour soi et le devoir incontestable de cesser d'hypothéquer nos enfants pour les caprices d'aujourd'hui" ou d'être en faveur de la création de la richesse pour mieux la redistribuer. Parfaitement d'accord. Or, ces priorités sont, au Québec du moins, davantage défendues par les gens de droite ou, si vous préférez, de centre-droite. Vous suggérez que que ces valeurs sont au centre de la fondation de l'ADQ et qu'elles doivent continuer d'inspirer le parti. Parfaitement d'accord ! Mais je me permets de répéter que ce sont des valeurs qui rejoignent plus la droite québécoise que la gauche.

J'en reviens à la première pensée que j'ai eu en lisant votre texte : il s'agit probablement d'une tentative pour rassurer les gens. Quant aux désaccords que j'exprime, j'aime mieux croire qu'ils proviennent de la différence de nos conceptualisations de la droite québécoise. Moi, quand je pense à la droite québécoise le moindrement mainstream, je pense au centre-droite ! Je pense à des gens qui veulent réformer la gouvernance québécoise non pas parce que c'est souhaitable, mais parce que c'est nécessaire si nous voulons atteindre un certain niveau d'équité inter-générationnelle. Si pour vous la droite c'est le Reaganisme, le Thatcherisme ou le Parti républicain (USA), alors vous avez parfaitement raison, l'ADQ n'est pas et ne sera jamais de droite. Quant aux valeurs que vous avez défendues dans votre texte, ça me fait penser immédiatement à cette droite québécoise que je viens de décrire très brièvement.

Vous avez prouvé que vous aviez l'étoffe d'un excellent député et d'un parlementaire redoutable. Vous êtes certes un atout pour l'ADQ et c'est pourquoi j'espère que nous ne quitterez pas le navire si, un jour, le parti s'affirme plus qu'aujourd'hui en tant qu'alternative de centre-droite.

P.S. Un passage m'a fait sourire : "nous acceptons la différence et sommes capables de travailler dans un but commun; servir le Québec et son bien le plus précieux : vous". M. Proulx, à peu près tous les partis politiques dans des démocraties saines peuvent en dire autant !

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