samedi 1 août 2009

Taxer les gens par amour pour le foot

En Amérique du Nord, il est pratique courante de subventionner la construction de nouveaux amphithéâtres sportifs destinés aux franchises professionnelles. Nous pouvons penser au nouveau stade des Nationals de Washington (anciens Expos de Montréal). Le District de Columbia (DC) a débloqué 611 millions de $US pour la construction d'un stade de baseball pouvant accueillir une équipe de baseball majeur. Vous avez bien lu ! Pire, le coût total s'est élevé à 693 millions de $US ! Un coût entièrement assumé par les contribuables. Les gens de Washington sont-ils si friands de baseball ? Apparemment non. Il s'agirait d'un des moins bons marchés du baseball majeurs. En 2009, ils se classent au 25e rang (sur 30) au niveau des assistances et ont de loin les pires cotes d'écoutes du baseball majeur. Étant si peu populaires, on peut parier que les Nationals ne sont probablement pas beaucoup plus rentables qu'ils ne l'étaient dans leur ancien stade. Retenons surtout qu'un montant d'argent considérable provenant des contribuables a été englouti dans l'aventure.

Étant donné que les Nationals ne sont pas populaires, on peut se poser la question suivante : Est-ce que les électeurs de DC auraient, de façon volontaire, donné plus de 600 millions de $ aux Nationals (par le biais de la hausse du prix des billets et des produits dérivés par exemple) ? Poser la question est y répondre. Comment les élus ont-ils pu voter en faveur de cette dépense gouvernementale ? Comment les élus ont-ils pu voter contre l'intérêt général des contribuables ? J'ai une piste de réponse. La franchise du baseball majeur a probablement eu recours à la fameuse notion des retombées économiques pour convaincre les élus. Exemple de retombées économiques : les Nationals ont peut-être convaincu la municipalité que de nouveaux commerces s'installeraient près du stade et qu'ils auraient de bons chiffres d'affaires grâce aux nombreux fans de l'équipe circulant dans les milieux environnants.

Lorsque je pense à la notion de retombées économiques, je pense immédiatement à ce que Nathalie Elgrably a écrit dans son livre "La face cachée des politiques publiques". Elle y consacre un chapitre sur les retombées économiques, "un calcul souvent employé pour évaluer les conséquences économiques de divers projets".
"Cette méthode fait paraître rentable n'importe quel projet, même le plus grotesque, car elle convertit invariablement une dépense en un revenu équivalent. Ainsi, même le financement public d'un centre de recherche voué au calcul de l'espérance de vie des libellules par temps humide se révélera un projet rentable au terme d'une analyse des retombées économiques, car chaque dollar dépensé par l'État représente fatalement un revenu identique pour un travailleur".
Concernant les stades pour le sport professionnel, les propos d'Elgrably sont justes.
"La méthode des retombées économiques [...] laisse sous-entendre que l'activité économique prévue n'aura lieu que si le projet à l'étude est réalisé. C'est d'ailleurs très souvent l'argument invoqué par les équipes sportives lorsqu'elles tentent de convaincre la ville hôte d'assumer, par exemple, les coûts de construction d'un nouveau stade. Elles insistent alors sur le fait que leur présence attirera des spectateurs et profitera ainsi à une multitude de commerces, du vendeur de hot-dogs au fabricant de casquettes, en passant par le fabricant de crème solaire. Cette argumentation suggère implicitement que l'absence de l'équipe privera l'économie locale d'un spectaculaire feu d'artifice économique. En suivant la même logique, nous pourrions également affirmer sans difficulter que si Christophe Colomb n'avait pas découvert l'Amérique, personne ne l'aurait fait. Bien entendu, cette dernière affirmation est burlesque, mais celle des équipes sportives l'est tout autant".

Un match sportif n'est rien de plus qu'un mode de divertissement parmi tant d'autres. On peut facilement imaginer que si l'équipe n'existait pas, les gens choisiraient de se divertir autrement et iraient peut-être au cinéma ou au restaurant. Ainsi, une dépense de 20 $ générera toujours les mêmes retombées économiques, qu'elle permette d'assister à une rencontre sportive, de voir un film ou de danser toute la nuit".
Demain, je vous ferai part de ce qui se passera à Montréal. Vous verrez que les contribuables ont été taxés par amour pour le foot et qu'ils le seront encore prochainement. Le Stade Molson de l'Université McGill, où évoluent les Alouettes, sera rénové alors que le Stade Saputo, où évolue l'Impact, sera grandement amélioré. La grande partie de ces travaux sera en effet financée par les contribuables.

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