dimanche 2 août 2009

Taxer les gens par amour pour le foot (2)

Hier, j'ai fait un post sur le financement public des infrastructures des clubs sportifs professionnels. Aujourd'hui, je me penche sur la dimension montrélaise de ce sujet..

Les Alouettes de Montréal, le club professionnel de football canadien, évolue depuis 1998 au Stade Percival-Molson de l'Université McGill, stade construit en 1915. Pendant les dix dernières années, le stade a été rénové très modestement et sa capacité est passée de 17 317 de 20 212 sièges. Le Stade Molson demeure néanmoins un endroit où les spectateurs n'ont droit à aucun luxe (exemple : un siège est en réalité un numéro imprimé sur un banc de métal fixé sur le béton n'a même pas de dossier, comme vous pouvez le voir ici). Pour assurer la survie à long terme des Alouettes, le propriétaire Robert C. Wetenhall juge que son équipe doit évoluer dans un meilleur environnement. La solution de M. Wetenhall : agrandir le stade de façon plus considérable. Il a finalement pu convaincre les politiciens des différents paliers municipaux d'engager des fonds publics dans l'agrandissement du stade. Résultat, le stade comptera plus ou moins 25 000 sièges (photos ici). Le projet coûtera 29,4 millions de $. Québec dépensera 19,3 millions, Montréal 4 millions et 6 millions viendront de la poche de M. Wetenhall. Plus de 23 millions de $ provenant des Montréalais et des Québécois permettront donc à un stade complètement désuet de devenir un stade un tout petit peu moins désuet. Dit autrement, dépenser 23 millions de $ pour insérer 5 000 nouveaux "sièges" dans un stade complètement dépassé et quasiment inaccessible bien qu'il soit proche du centre-ville, ce n'est certainement pas le meilleur investissement au monde.

L'Impact de Montréal, le club de soccer professionnel de Montréal, s'est bâti un stade lors des dernières années. La construction du Stade Saputo a été entièrement financée par le privé. La famille Saputo (Joey Saputo est le président de l'Impact) a allongé les billets verts en payant la moitié de la somme totale de la construction du stade alors que l'autre moitié provient du milieu des affaires. Résultat : pour seulement 14,1 millions de $, le club a un stade flambant neuf un peu loin du centre-ville (littéralement à côté de Stade Olympique) mais néanmoins facilement accessible. Le stade n'est pas d'une grande qualité. M'enfin, c'est plus un terrain de soccer avec des bleachers sur trois côtés qu'un stade à proprement dit. Or, le stade doit être agrandi et amélioré pour que l'Impact puisse rejoindre la meilleure ligue professionnelle de soccer aux États-Unis (et au Canada), la Major League Soccer (MLS). Selon les dires du commissaire de la MLS, l'Impact rejoindra la MLS en 2011 ou en 2012. Pour ce faire, le club paiera lui-même les frais d'entrée (35 millions de $US payés sur cinq ans) et le gouvernement québécois paiera la note pour l'agrandissement et l'amélioration du Stade Saputo (environ 25 millions de $). La capacité du stade passera de 13 034 sièges à entre 18 000 et 21 000 sièges.

Voici de quoi pourrait avoir l'air ce stade :


D'un point de vue de fan du club montréalais, le projet m'emballe. D'un autre côté, je trouve ça d'un ridicule... S'il y a un palier de gouvernement qui pourrait subventionné l'Impact, ça devrait être la Ville de Montréal et/ou l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Si le franchise montréalaise de la MLS amenait des retombées économiques, elle en apporterait à Montréal et à l'arrondissement, pas au Québec. Prenons moi par exemple, le 40 $ que je dépenserai pour assister à une partie sera un 40 $ que je ne dépensera dans ma communauté.

Est-ce dans l'intérêt des Québécois de subventionner l'Impact ? Y aura-t-il bien des non-Québécois qui viendront voir jouer l'Impact dans la MLS et qui ne viennent pas le voir jouer actuellement alors qu'il évolue dans le circuit inférieur ? J'en doute.

Le même raisonnement s'applique aux Alouettes, une équipe évoluant dans un circuit mineur extrêmement méconnue aux États-Unis. S'il y a des gens de l'État de New York ou de la Nouvelle-Angleterre qui viennent à Montréal pour voir jouer les Alouettes, appelez-moi Benoît XVI. Peut-être y a-t-il une poignée d'Ontariens dans les gradins, sans plus.

Si je peux jouer à l'avocat du diable, les 25 millions de $ tirés des deniers publics pour le Stade Saputo auront au moins le mérite de procurer à Montréal un stade en plein-air de qualité alors que les 23 autres millions de $ permettront à un stade antique d'être un peu moins minable. Je ne trippe pas fort sur la subvention que Québec s'apprête à accorder à l'Impact, mais il s'agit sans doute d'un meilleur investissement pour l'avenir du sport professionnel montréalais que le développement du Stade Percival-Molson.

1 commentaire:

  1. Laisse les États hors de l'économie, même sportive.

    C'est mieux pour la santé du sport, comme de l'économie.

    P.S.: Comment ça va avec l'industrie des courses de chevaux depuis sa nationalisation?

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